Pourquoi la municipalité constitue-telle un matelas budgétaire ?


Sur les exercices budgétaires 2015 et 2016, la municipalité met de côté volontairement plusieurs centaines de milliers d’euros. Cet effort d’épargne n’est pas critiquable en soi. Mais parce qu’il limite d’autant l’action municipale sur ces années-là, il serait important, d’un point de vue démocratique, d’une part que la municipalité l’assume et le dise clairement, d’autre part qu’elle dise pourquoi elle constitue ce matelas.

Visuel excédent reporté

Chaque année, pour construire leur budget, les communes disposent, outre les recettes de l’exercice (notamment les impôts locaux et les dotations de l’Etat) du report de l’excédent de fonctionnement de l’année précédente. Regarder la manière dont évolue ce report d’une année sur l’autre est instructif. Car, soit il reste à un niveau constant (ce qui signifie que la commune a dépensé l’équivalent de ses recettes annuelles et n’a pas touché à son bas de laine), soit il baisse (ce qui signifie que la commune a puisé dans son bas de laine : si c’est pour couvrir un investissement, ça va; si c’est pour faire face aux dépenses de fonctionnement, c’est plus inquiétant), soit enfin il augmente (ce qui signifie que la commune n’a pas dépensé la totalité de ses recettes et fait grossir son bas de laine).

Sur l’exercice 2015, c’est dans cette dernière situation que s’est trouvée la Ville de Blaye. Comme en témoigne le compte administratif voté lors du Conseil municipal du 22 mars dernier, l’excédent reporté est passé de 551 000 € fin 2014 à 981 000 € fin 2015. Soit une augmentation de 430 000 €. Et si on lit par ailleurs les prévisions du budget 2016, construit sur des hypothèses tout à fait comparables à celles de 2015, on peut estimer que cette année encore le bas de laine grossira de plusieurs centaines de milliers d’euros

Bien sûr, on pourrait considérer que cette augmentation régulière de l’excédent relève d’une bonne gestion. Mais, dans le cas précis de la Ville de Blaye, on peut faire au moins trois objections à cet état de fait :

La ponction réalisée sur les budgets 2015 et 2016 est extrêmement importante. Sur 2015, les 430 000 € économisés représentent 7 % du total des recettes de fonctionnement. Et cela n’est obtenu que par des choix budgétaires extrêmement drastiques : notamment les travaux d’investissement se situent à leur plus bas niveau historique. Ce qui signifie, vraisemblablement, que des travaux d’entretien qui étaient nécessaires et qu’il était possible de réaliser n’ont pas été engagés. Au risque de voir le patrimoine municipal se dégrader davantage encore.

Contrairement à ce qui est régulièrement affirmé par le Maire ce ne sont donc pas d’abord les diminutions des dotations de l’Etat qui mettent le budget de la Ville au pain sec. Celles-ci ont, il est vrai, diminué de 100 000 €. Mais ces 100 000 € sont finalement peu de choses par rapport aux 430 000 € ponctionnés, du fait des choix de la municipalité, sur le budget 2015.

Enfin et surtout, considérant l’importance de ce choix budgétaire, on pourrait s’attendre à ce que la Municipalité l’assume et l’explicite. Or elle préfère faire comme si rien n’était de son fait. Il paraîtrait pourtant nécessaire, d’un point de vue démocratique, qu’elle dise pour quelle raison elle constitue ce bas de laine et rajoute ainsi de l’austérité à l’austérité. On peut bien sûr penser qu’elle a derrière la tête l’idée de dégager en 2015, 2016 et 2017 les moyens de financer un gros investissement qui sera réalisé en 2018 et 2019 et inauguré juste avant l’élection de 2020 (comme ce fut le cas pour le cinéma en 2013 avant l’élection de 2014). C’est un grand classique de l’action municipale, à Blaye comme ailleurs. Mais, comme cela a des conséquences budgétaires importantes dès maintenant, si tel est bien le cas, cela devrait être dit. Notamment parce que cela poserait la question des (plus ou moins bonnes) priorités de l’action municipale.