Musée de la mer et de l’estuaire : nos interrogations


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Le projet de reprise par Norbert Fradin du Pavillon de la place, de la porte royale et de la porte de Liverneuf pour y installer un “Musée de la mer et de l’estuaire” et des gîtes peut apparaître comme une très belle opportunité, que la Ville de Blaye aurait tort de ne pas saisir : un riche mécène vient restaurer des bâtiments de la citadelle pour y installer un équipement culturel. Dans une période où l’argent public est si rare, c’est quasiment inespéré. Soit.

Ne perdons pas pour autant notre sens de la réflexion, ni notre capacité à regarder ce projet avec l’exigence qu’il faut avoir pour tout projet mettant en jeu un patrimoine public.

En l’occurrence, il ne s’agit pas de n’importe quel patrimoine, mais bien des trois ensembles immobiliers les plus importants de la citadelle, par leur emplacement et par leur volume. Et la Ville de Blaye s’apprête à les céder pour 70 ans. Cela mérite une attention redoublée, non ?

Posons-nous une première question : ce “Musée de la mer et de l’estuaire” est-il vraiment le musée qu’il convient d’installer au sein de la citadelle pour assurer, dans la durée, son développement ? Ou plutôt : si la Ville de Blaye avait défini elle-même ce que devrait être le projet muséal à développer au sein de la citadelle, toujours dans l’idée d’assurer au mieux le développement du site, est-ce que c’est ce projet de Musée de la mer et de l’estuaire qu’elle aurait formulé ? La réponse est vraisemblablement non. Elle aurait sans doute plutôt opté pour un projet valorisant l’histoire et l’environnement du site, en s’appuyant notamment sur les ressources des associations savantes locales : les Amis du Vieux Blaye, le Conservatoire de l’Estuaire, Archéologie OS…

Autre exigence : parce qu’elle porte sur une durée de 70 ans, la convention qui lie la Ville et le porteur de projet doit être particulièrement solide. Celle que le Maire de Blaye s’apprête à signer (en principe ce vendredi 23 septembre) ne l’est malheureusement pas. Elle ne s’appuie que sur une description extrêmement sommaire du projet qui sera développé. Elle n’indique par exemple pas quelle surface sera effectivement consacrée aux espaces d’exposition. Elle ne prévoit aucun outil de dialogue entre la Ville et le porteur de projet quant à l’orientation précise du projet muséographique. Surtout, elle ne présente aucun calcul économique permettant de vérifier qu’il y a bien équilibre entre les charges qui pèseront sur le porteur de projet (le coût de la rénovation, le coût de la muséographie, le coût de fonctionnement du musée) et les avantages qui lui sont accordés (une redevance extrêmement basse de 5 000 € par an et l’autorisation d’exploiter commercialement les gîtes, le musée et ses annexes : librairie, café-brunch). Ce calcul paraît pourtant indispensable pour une convention qui engage sur une période aussi longue le patrimoine municipal. Il correspond par ailleurs à une exigence légale.

Nous ne pouvons accepter que la convention reste en l’état. Toutes les précisions nécessaires pour garantir le respect dans la durée de l’intérêt public du projet doivent être apportées. Nous allons nous mobiliser, dans un esprit de dialogue, dans les semaines et les mois qui viennent, pour obtenir du Maire qu’il prenne en compte cet impératif.

Nous n’irons vers un recours devant le juge administratif que si ce travail de dialogue et d’argumentation échoue.