Le Pays de Haute Gironde va disparaître : Dommage !


Réuni à Fours, ce mercredi 18 octobre, le Conseil de la Communauté de Communes a voté, par 26 voix pour, en faveur de la dissolution du Syndicat mixte Pays Haute Gironde. Six abstentions et six votes contre ont toutefois clairement marqué que ce choix fait débat. Au nom de Blaye passionnément Thierry Bodin a défendu l’intérêt de cette structure de coopération, la seule à donner corps au territoire de la Haute Gironde.

Créé en 2003, à l’initiative des cinq communautés de communes qui couvraient alors le territoire de la Haute Gironde (Blaye, Bourg, Saint André, Saint Ciers, Saint Savin), le Syndicat mixte venait succéder à un SIVOM , créé lui en 1998. Il avait pour vocation de permettre le portage de programmes d’action publique qui intéressaient l’ensemble de la Haute Gironde et, surtout, d’être un lieu où pouvaient être réfléchis et discutés les enjeux collectifs de développement du territoire.

Le vote favorable à la dissolution de la Communautés de Blaye venant après celui déjà exprimé par la Communauté du Cubzaguais et ceux des Communautés Nord Gironde et de l’Estuaire ne devant pas tarder, il semble que le Pays est bel et bien condamné. Sa disparition est programmée au 31 décembre 2018. C’est fort dommage. A deux titres au moins.

D’abord, parce que le Pays porte des programmes au bénéfice de l’ensemble du territoire et que si il est effectivement dissous, l’avenir de plusieurs d’entre eux est loin d’être assuré. Faisons un rapide tour d’horizon :

– Pour l’OPAH (Opération Programmée d’Amélioration de l’Habitat), qui s’est traduit par 17 millions d’€ de travaux réalisés pour l’essentiel par des entrepreneurs locaux, l’ANAH (Agence Nationale pour l’Amélioration de l’Habitat) acceptera sans doute de contractualiser individuellement avec les différentes communautés de communes. Mais, en fonction du temps que prendra la renégociation, il n’est pas impossible qu’il y ait un temps de latence. Surtout, chacune des quatre communautés de communautés n’en bénéficiera que si elle recrute un agent spécifiquement dédié à l’animation de la démarche, alors que le Pays permettait de mutualiser ce poste.

– Sur le Contrat de Pays avec la Région, contrat au travers desquels ont pu être financés notamment les pontons ou la Maison de Santé, une assurance semble avoir été donnée que la Région acceptera de contractualiser avec les différentes communautés de communes. Mais là encore, on va dans le sens de la complexification, pas de la simplification.

– Sur le programme Leader (crédits européens de développement territorial) soit 1,6 millions d’€ disponibles pour accompagner des micro-projets économiques jusqu’en 2020, nul ne sait qui sera en mesure de succèdera au Pays. Le SMIDDEST, un temps évoqué, ne semble pas être preneur.

– Sur le dispositif “Territoires à énergie positive”, qui permettait de financer des travaux d’économie d’énergie sur les bâtiments publics, le plus certain est que, en ces temps de disette budgétaire, l’Etat profitera de la disparition du Pays pour retirer ses billes.

– Enfin, il faut aussi parler du programme OCM, Opération Collective de Modernisation, au bénéfice de la revitalisation des centre-villes, via l’artisanat et le commerce. Les études qui ont été lancées par le Pays le seront en pure perte. Et il y a fort à parier notre territoire ne bénéficiera pas avant bien longtemps de ce dispositif national.

Au-delà de ces aspects pragmatiques, c’est aussi en terme de vision politique et de perspective de développement pour notre territoire que la disparition du pays sera préjudiciable.
L’échelle territoriale de la Haute Gironde est la seule pertinente, on l’a vu tout récemment encore, pour réfléchir et porter une politique de développement touristique. C’est tout aussi vrai en terme de développement économique et, sujet essentiel, pour les questions de mobilité et d’accès à la métropole bordelaise.

Ceux qui veulent la disparition du Pays disent que ces sujets peuvent être traités par simple coopération entre les Communautés de communes. Sans doute peuvent-ils l’être d’un point de vue technique. mais dès que l’on voudra passer à l’étage supérieur, celui de la réflexion stratégique et politique, un outil de travail commun fera défaut. Car travailler collectivement au sein du Pays, c’est aussi s’obliger à sortir des idées toutes faites. C’est, par exemple, sortir de la vision, un peu datée maintenant, de ville centre. Elle reste utile, bien sûr, mais elle ne permet pas de rendre compte de toute la réalité de notre territoire. Il faut aussi être capable de réfléchir en terme de villes en réseaux. C’est cela qui peut faire la force d’un territoire comme le nôtre.
Arrêtons notamment de penser que Blaye et Saint André sont concurrentes. Elles sont en réalité bien plus complémentaires que concurrentes. Et nous serions plus forts pour préparer notre avenir si nous avions la sagesse de le réfléchir et de l’inventer ensemble.

Pour toutes ces raisons, il nous semble que renoncer au Pays serait une faute. Peut-être, sans doute, faut-il le repenser, Mais il faut le conserver, au moins comme un espace de dialogue et de réflexion.